Albert Baertsoen, 'Voor de kerk, in Vlaanderen (herfst)', 1894, Privécollectie

En septembre, l’année de festivités du Musée des Beaux-Arts de Gand (MSK Gent) débute avec une exposition consacrée à Albert Baertsoen (1866-1922), un des grands artistes belges de la Fin de siècle. Pour la première fois en cinquante ans, le musée met à l’honneur cet artiste majeur, dont le succès a largement dépassé les frontières nationales.

Lire plus

Albert Baertsoen, le peintre de Gand
À partir de septembre, le MSK célèbre son 225e anniversaire. Pour ouvrir les festivités, le musée joue pleinement la carte gantoise. En collaboration avec l’Universiteit Gent, il met à l’honneur le peintre, dessinateur et graveur Albert Baertsoen (1866-1922) : rejeton d’une famille industrielle gantoise, cet artiste pratiquement autodidacte est un des protagonistes de la scène artistique belge et internationale de la Fin de siècle.

Baertsoen a connu une carrière fulgurante. En 1888, il a décroché la médaille d’or au Salon d’Anvers. Il avait alors à peine 22 ans, et ce succès précoce lui a permis de se constituer rapidement un impressionnant réseau de relations fait de connaisseurs, de collectionneurs et de collègues. Plus que tout autre en Belgique, il a fait entendre une voix indépendante dans le débat artistique de son époque. La liberté de parole était pour lui le bien le plus précieux, et il ne plaidait pas tellement pour sa propre boutique mais défendait plutôt l’œuvre des (jeunes) artistes en qui il avait foi. Ce qui lui a valu d’occuper une position à part, puisqu’il était apprécié à la fois dans les milieux conservateurs et dans les milieux progressistes.

Bartsoen était surnommé « le peintre de Gand » par les gens de son époque, un titre honorifique qui reflétait non seulement son importance artistique, mais aussi son amour singulier pour Gand. Son regard était surtout axé sur les coins délabrés, pollués, abandonnés d’une ville qu’il a représentée d’innombrables fois à partir du début des années 1890. Cette fascination pour les cités médiévales condamnées à changer définitivement d’aspect sous l’effet de la modernisation explique aussi pourquoi Baertsoen a éveillé l’intérêt d’écrivains symbolistes comme Georges Rodenbach, qui possédait lui-même des œuvres du peintre.

Portée nationale et internationale
Mais Baertsoen ne s’est pas limité à Gand. Il est devenu rapidement un paysagiste apprécié, peignant la région de l’Escaut, la mer du Nord et l’arrière-pays, mais aussi, en fils de fabricant textile qu’il était, les paysages industriels liégeois. Après s’être fait construire en 1897 un luxueux bateau-logement, le Fafner, il a navigué pendant des années avec son atelier flottant sur les eaux intérieures belges et néerlandaises.

L’étranger l’attirait également. Comme beaucoup d’artistes belges, Baertsoen a passé la Première Guerre mondiale à Londres, une ville où il avait travaillé à plusieurs reprises depuis le début des années 1890. Exposant à la Biennale de Venise et à la Sécession viennoise, Baertsoen jouissait d’une influence s’étendant bien au-delà des frontières nationales, de sorte qu’au début du xxe siècle, il fut un des artistes belges les plus exposés à l’échelle internationale.

Ce succès international, Bartsoen le devait en partie à son vaste réseau de relations, à sa voix qu’il n’hésitait jamais à faire entendre et à son style impressionniste. À l’instar de certains confrères faisant partie de son cercle international d’amis – Henri Le Sidaner et Frits Thaulow –, il observait le monde avec un regard intimiste et mélancolique, dans un cadrage presque photographique. Il a d’ailleurs très souvent représenté ses paysages et ses villes par temps de pluie ou de neige. Plus que tout, il était un artiste attaché de manière obsessionnelle à ses thèmes, qu’il a abordés dans différentes disciplines – non seulement la peinture, mais aussi le dessin, le pastel et l’eau-forte.