Armand Heins, Arbeiders op het veld, 1882

Cet été, le Musée des Beaux-Arts de Gand (MSK) puise dans sa riche collection de dessins. Le thème central de l’exposition « Sur papier » est la ville de Gand et les artistes qui en étaient originaires ou qui s’y sont installés brièvement ou plus longuement. Pour chacun d’eux, le contexte artistique gantois ou la vie locale constituait une source inépuisable d’inspiration qui a nourri leur envie de dessiner.

Le musée présente de petits bijoux rarement montrés, en noir et blanc et en couleur, réalisés par des artistes tantôt connus, tantôt injustement oubliés. L’exposition est la première d’une série de sélections opérées parmi la collection du MSK, qui permettront d’explorer au cours des prochaines années les trésors méconnus du cabinet des estampes.

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Le baroque sur papier
« Sur papier » est le fruit d’une sélection parmi 400 ans d’art du dessin. Dans le sillage de l’exposition phare autour de Gaspar de Crayer (1584-1669), qui se tient ailleurs dans le musée, la présentation s’ouvre sur une série de dessins d’étude rarement montrés de cet artiste baroque. Accompagnés de quelques œuvres en rapport direct avec ses retables qui font aujourd’hui encore partie de collections publiques gantoises.

Jan van Cleve III (1646-1716), Les quatre saisons
Jan van Cleve III (1646-1716), Les quatre saisons

En parallèle, nous mettons en lumière les dessins méconnus de Jan III van Cleve (1646-1716), un artiste d’origine hollandaise qui, à Gand, se retrouva sous l’influence de De Crayer. L’intérêt durable marqué par Van Cleve pour l’œuvre de De Crayer permit notamment à l’art du baroque de se maintenir à Gand jusqu’au début du xviiie siècle.

Artistes gantois et hôtes de la ville au xixe siècle
Un saut dans le temps nous fait débarquer ensuite à la fin du xviiie et au début du xixe siècle, époque où des Gantois comme Joseph Paelinck (1781-1839) et Josse-Sébastien Van den Abeele (1797-1855) jouèrent un rôle de premier plan dans l’avènement du néoclassicisme.

Comme beaucoup d’artistes de leur temps, ils firent évidemment le voyage en Italie, indispensable à leur formation. Le musée possède plusieurs exemples dessinés de leur séjour à Rome et de leur campagne romaine. Cet ensemble est complété par des œuvres d’éminents représentants du néogothique au milieu du xixe siècle, avec des artistes comme Théodore-Joseph Canneel (1817-1892) et Théophile Lybaert (1848-1927).

Après 1850, plusieurs tendances réalistes se développèrent dans l’art du dessin. Dans la collection du MSK, ce réalisme va de la recherche extrême d’authenticité d’un Gustave Vanaise (1854-1902) et d’un Eugène Dopchie (1873-1948) aux singuliers autoportraits en sfumato du sculpteur Félix Metdepenninghen (1867-1937) – restés inconnus jusque-là –, en passant par le réalisme social de Jules Van Biesbroeck (1873-1965). Leur succède l’importante génération des artistes gantois des environs de 1900, avec des personnalités comme Albert Baertsoen (1866-1922), Jean Delvin (1853-1922) et Émile Claus (1849-1924).

Acteurs gantois du xxe siècle
La période 1885-1940 est marquée par une série de générations successives d’artistes gantois dotés de personnalités totalement différentes. L’exposition consacre une salle distincte à chacun d’entre eux.

Une salle met en lumière l’œuvre dessiné du sculpteur George Minne (1866-1941), qui, tout au long de sa carrière, a toujours abordé l’art du dessin comme une discipline à part entière. « Sur papier » montre l’évolution de son symbolisme des années 1890 jusqu’aux dessins imprégnés de spiritualité des années 1910-1920.

Jules De Bruycker, Figures dans une salle d'attente, ca. 19…
Jules De Bruycker, Figures dans une salle d'attente, ca. 1904

Jules De Bruycker (1870-1945) est aux antipodes de l’introversion de Minne. Il représente des gens du peuple dans des scènes de marché et de rue pleines de monde, qui illustrent la vie quotidienne dans la ville appauvrie après 1900. Après une période d’absence dans les salles du musée, le MSK donne à nouveau à voir les œuvres de ce Gantois très apprécié.

Avec les œuvres sur papier de Jos Verdegem (1897-1957), nous atterrissons dans l’entre-deux-guerres. Ce personnage singulier, inclassable, est immédiatement reconnaissable à ses représentations tout à la fois puissantes et émouvantes, qui illustrent la condition humaine dans ce qu’elle a d’universel.

Après l’art de Verdegem, nous faisons enfin un gros plan sur des artistes également gantois d’origine comme Gustave De Smet (1877-1943), Frits Van den Berghe (1883-1939) et Jozef Cantré (1890-1957), qui ont donné leur propre interprétation de l’expressionnisme.