Medardo Rosso, MSK Gent

L’artiste italien Medardo Rosso (1858-1928) est le pionnier par excellence de la sculpture du xxe siècle. À l’intersection de deux siècles, Rosso se profile comme un précurseur des futuristes et il influence les évolutions artistiques libertaires des années 1960.

L’exposition au Musée des Beaux-Arts de Gand (MSK) mettait en lumière l’évolution particulière de son œuvre et présente en Belgique – pour la première fois depuis 1909 – un des principaux artistes de la fin du xixe et du début du xxe siècle.

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En quête des limites de la matière
L’exposition se concentre sur le processus créatif complexe par lequel les sculptures de Rosso ont vu le jour. Le fil conducteur est ici la manière dont il explore les limites de la forme et de la matérialité, créant des variations à l’infini sur ses propres œuvres.


Rosso n’est pas un sculpteur au sens classique du terme. Il ne travaille pas le bois ou la pierre, mais façonne des matières malléables comme l’argile et la cire. Celles-ci lui permettent d’obtenir des effets visuels éphémères et des formes subtiles. Sans cesse, il réétudie en détail ses œuvres antérieures et il fait des variations sur celles-ci, avec des formes différentes ou dans de nouvelles matières.

 Medardo Rosso, Salon d'automne: malato all'ospedale, 1904 …
Medardo Rosso, Salon d'automne: malato all'ospedale, 1904 (collection privée)

Dans son art, Rosso ne s’efforce pas seulement de saisir la fugacité du moment, mais il aborde aussi des idées universelles telles que l’abandon et le désespoir, la pauvreté et l’innocence. Ses œuvres sont comme l’abstraction de ces concepts. Rosso ne dramatise pas le moment, mais le capte, le prolonge et finit même, dans ses photos, par le défaire de tout environnement matériel. Il modèle certaines faces de ses sculptures, d’autres pas, et il joue sur la disposition des œuvres d’art dans l’espace. Il guide ainsi volontairement le spectateur dans son observation de la sculpture.

Le processus de travail de l’artiste rendu tangible
L’exposition approfondit les différents concepts sur lesquels Rosso travaille à travers son œuvre : son combat avec la matière, sa conviction que la lumière constitue l’essentiel dans l’observation d’une œuvre d’art, son opinion sur la place de la sculpture dans l’espace, sa perception de l’importance de l’environnement, la valeur qu’il attache au point de vue du spectateur, et son intérêt pour l’image et ses qualités lumineuses.

Ou, selon ses propres termes : « Dans l’espace, rien ne possède de matière, parce que tout est espace et par conséquent tout est lié. »

Medardo Rosso, Salon d'automne: femme à la voilette, 1904 (…
Medardo Rosso, Salon d'automne: femme à la voilette, 1904 (détail, collection privée)

Sculpteur et photographe
Ce principe amène Rosso de la sculpture à la photographie. Il photographie ses propres œuvres dans son atelier, modifie les arrière-plans des photos, adapte leur cadrage et laisse ainsi les formes de ses images se dissoudre et se fondre dans l’espace.


La sculpture et l’observation de la sculpture sont pour Rosso indissociablement liées, et la photographie devient l’ultime déplacement du point de vue du spectateur. Elle lui permet d’atteindre son objectif rêvé : la dématérialisation de la forme. Il reconnaît ainsi du même coup l’autonomie de la photographie en tant que discipline artistique.

Exposition exceptionnelle à Gand
Avec son regard ouvert, spatial et interactif sur la sculpture doublé d’un regard holistique sur le processus de création artistique, Medardo Rosso a dépassé l’art de son temps. Dans les mains de l’artiste, sculpture, dessin et photographie évoluent ensemble en direction de la dématérialisation. Mais ceci donne des sculptures extrêmement fragiles, qui ne peuvent quitter leur lieu de conservation que très exceptionnellement.

L’impressionnant ensemble d’œuvres d’art de collections publiques et privées de toute l’Europe que le MSK a réussis à réunir à Gand faisait de l’exposition rétrospective Medardo Rosso une occasion unique d’admirer de près l’œuvre de ce pionnier de la sculpture moderne. Rarement autant d’œuvres de ce maître internationalement réputé, mais injustement oublié en Belgique, avaient été rassemblées en une seule exposition.